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1582
par Jean-Jacques TIJET
En France, l’an de grâce 1582 – 8e
année du règne d’Henri III - a été très particulier car, au lieu de 365
jours, il n’en a compté que 355 : le lendemain du dimanche 9 décembre a été le lundi 20 décembre ! Pour
quelles raisons ?
Nous savons aujourd’hui que la terre tourne sur elle-même en un jour – sur un axe passant par les
pôles mais incliné par rapport au plan de l’écliptique - et autour du soleil en un an. Ces 2 mouvements,
continus et simultanés, provoquent sur notre planète les 4 saisons et les 2 équinoxes (journées durant
lesquelles la durée du jour est égale à celle de la nuit). Si nous voulons que ces évènements, qui rythment
la vie des hommes sur terre, se passent toujours aux mêmes dates d’un calendrier établi par l’homme il
faut que celui-ci se déroule exactement en une année dite astronomique ou solaire… sinon il y aura
décalage qui sera d’ailleurs, accentué au fil des années. En d’autre terme il faudrait que la date de
l’équinoxe de printemps par exemple « tombe » toujours le 21 mars au fil des années et des siècles.
Lorsqu’en 46 av. J.-C. Jules César – s’inspirant des travaux du savant Sosigène d’Alexandrie - instaure le
calendrier qui prendra son nom – Julien – découpant le temps en 365 jours avec tous les 4 ans une année
de 366 jours (dite bissextile), les astronomes de l’époque ne savaient pas que la révolution de la Terre
s’effectuait en 365,2422… jours et non pas en 365,25 jours comme le suppose le calendrier Julien. Cette
imprécision faisait remonter dans l’année les évènements astronomiques… dont l’effet ne pouvait se faire
sentir qu’au bout de quelques siècles.
En prenant l’équinoxe du printemps comme point de repère le décalage commençait à avoir une
certaine importance au XVIe
siècle : en 1582 il était de 10 jours, l’équinoxe de printemps a été réellement
constaté le 10 mars dans le calendrier Julien au lieu du 21 mars dans le calendrier solaire. Cela ne pouvait
pas durer car, dans la liturgie de l’Eglise catholique, la date de Pâques est établie à partir de la date de
l’équinoxe de printemps ; à continuer ainsi, dans quelques siècles, le dimanche de Pâques pourrait être
fêté dans la même semaine que Noël !
Qui avait à cette époque suffisamment d’autorité pour imposer une modification de calendrier ?
Malgré le début de l’affranchissement des Etats vis-à-vis de l’autorité religieuse, malgré les divisions de
l’Eglise révélées par le Grand Schisme, malgré l’émergence de la Religion Prétendue Réformée (le
protestantisme de Luther et Calvin), l’Eglise catholique romaine avait encore assez d’influence pour obtenir
le changement de l’antique calendrier dû à César. Et puis de toute manière le pouvoir spirituel primait
encore sur le pouvoir temporel… d’autant plus que la papauté voulait essentiellement régler le problème
de la date de Pâques.
Suite aux travaux menés par les mathématiciens et astronomes du Collège romain – qui ont repris les
études du moine anglais Roger Bacon (1214-1294) et de l’évêque français Robert Grossetête (1175-1253)
en particulier - le pape Grégoire XIII, par la bulle Inter gravissimas, établit un nouveau calendrier et
demande aux Etats (en réalité à la Chrétienté) de l’appliquer. Appelé calendrier grégorien il a pour objectif
de mettre en phase le nouveau calendrier avec le calendrier solaire ; pour cela il supprime une décade (le
lendemain du jeudi 4 octobre 1582 sera le vendredi 15) et diminue le rythme des années bissextiles (les
2
années séculaires ne seront plus bissextiles sauf celles qui sont multiples de 400, ce qui en supprime 3 par
période de 400 ans).
Il est adopté dans la plupart des pays catholiques parfois avec quelque retard, en décembre au lieu
d’octobre comme en France – on l’a vu - et en Savoie où, durant l’année 1582, il n’y a pas eu de fête de
Noël car le lendemain du 20 décembre 1582 a été le 1er
janvier 1583 ! Les raisons ? Pour montrer au
monde qu’ils ne sont pas « à la remorque » de la papauté !
Par contre les Anglais dont le roi s’est autoproclamé chef de l’Eglise d’Angleterre en 1534, les
protestants du nord de la Germanie et les orthodoxes de Russie et de Grèce ne s’émeuvent guère des
progrès effectués dans la mesure du temps : le nouveau calendrier, qualifié de « papiste », ne sera appliqué
que beaucoup plus tard dans leurs pays ; ils préféraient être en désaccord avec le soleil plutôt qu’en accord
avec le pape… en suivant l’avis de l’astronome luthérien Kepler (1571-1630) qui prouve ainsi qu’un « grand
savant » peut raconter « de grosses bêtises » si, réellement, il a prononcé de telles paroles ! Quant à la
Russie elle n’a adopté le calendrier qu’en 1918 ce qui explique que sa « fameuse » Révolution d’octobre
1917 a eu lieu en novembre !
Il ne faut pas croire, cependant, que l’Eglise de Rome va approuver dorénavant toutes les idées
nouvelles relatives à la science. En 1633 elle condamne Galilée sous le prétexte qu’il avait démontré la
thèse copernicienne selon laquelle le soleil est le centre du monde et non pas la Terre immobile comme le
suggèrent les Saintes Ecritures ! Suspecté d’hérésie, l’Inquisition le contraint à adjurer ses erreurs et
l’assigne à résidence. Après sa mort survenue en 1642 une de ses filles, religieuse carmélite de son état, est
obligée de prendre à son compte la sanction établie contre son père… réciter les psaumes de la pénitence
une fois par semaine ! Au milieu du XVIIe
siècle la Foi et la Raison ne sont pas encore prêtes à se concilier.
Par son Syllabus de décembre 1864 le pape Pie IX condamne – entre autres - la démocratie, la
séparation de l’Eglise et de l’Etat, le socialisme, le libéralisme et toute forme de modernisme. Jusqu’au
milieu du XXe
siècle l’intransigeance catholique en la croyance dans les Evangiles sera bien souvent en
opposition avec la science et le progrès ; l’Eglise, face aux défis du monde moderne, ne saura intervenir et
répondre que par des condamnations… comme pour Galilée.
Sources
Histoire mondiale de la France de Patrick Boucheron ; un article La France à l’heure pontificale de
Olivier Guyotjeannin
Histoire du catholicisme de Jean-Pierre Moisset
Wikipédia pour Galilée

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L'année 1582

  • 1. 1 1582 par Jean-Jacques TIJET En France, l’an de grâce 1582 – 8e année du règne d’Henri III - a été très particulier car, au lieu de 365 jours, il n’en a compté que 355 : le lendemain du dimanche 9 décembre a été le lundi 20 décembre ! Pour quelles raisons ? Nous savons aujourd’hui que la terre tourne sur elle-même en un jour – sur un axe passant par les pôles mais incliné par rapport au plan de l’écliptique - et autour du soleil en un an. Ces 2 mouvements, continus et simultanés, provoquent sur notre planète les 4 saisons et les 2 équinoxes (journées durant lesquelles la durée du jour est égale à celle de la nuit). Si nous voulons que ces évènements, qui rythment la vie des hommes sur terre, se passent toujours aux mêmes dates d’un calendrier établi par l’homme il faut que celui-ci se déroule exactement en une année dite astronomique ou solaire… sinon il y aura décalage qui sera d’ailleurs, accentué au fil des années. En d’autre terme il faudrait que la date de l’équinoxe de printemps par exemple « tombe » toujours le 21 mars au fil des années et des siècles. Lorsqu’en 46 av. J.-C. Jules César – s’inspirant des travaux du savant Sosigène d’Alexandrie - instaure le calendrier qui prendra son nom – Julien – découpant le temps en 365 jours avec tous les 4 ans une année de 366 jours (dite bissextile), les astronomes de l’époque ne savaient pas que la révolution de la Terre s’effectuait en 365,2422… jours et non pas en 365,25 jours comme le suppose le calendrier Julien. Cette imprécision faisait remonter dans l’année les évènements astronomiques… dont l’effet ne pouvait se faire sentir qu’au bout de quelques siècles. En prenant l’équinoxe du printemps comme point de repère le décalage commençait à avoir une certaine importance au XVIe siècle : en 1582 il était de 10 jours, l’équinoxe de printemps a été réellement constaté le 10 mars dans le calendrier Julien au lieu du 21 mars dans le calendrier solaire. Cela ne pouvait pas durer car, dans la liturgie de l’Eglise catholique, la date de Pâques est établie à partir de la date de l’équinoxe de printemps ; à continuer ainsi, dans quelques siècles, le dimanche de Pâques pourrait être fêté dans la même semaine que Noël ! Qui avait à cette époque suffisamment d’autorité pour imposer une modification de calendrier ? Malgré le début de l’affranchissement des Etats vis-à-vis de l’autorité religieuse, malgré les divisions de l’Eglise révélées par le Grand Schisme, malgré l’émergence de la Religion Prétendue Réformée (le protestantisme de Luther et Calvin), l’Eglise catholique romaine avait encore assez d’influence pour obtenir le changement de l’antique calendrier dû à César. Et puis de toute manière le pouvoir spirituel primait encore sur le pouvoir temporel… d’autant plus que la papauté voulait essentiellement régler le problème de la date de Pâques. Suite aux travaux menés par les mathématiciens et astronomes du Collège romain – qui ont repris les études du moine anglais Roger Bacon (1214-1294) et de l’évêque français Robert Grossetête (1175-1253) en particulier - le pape Grégoire XIII, par la bulle Inter gravissimas, établit un nouveau calendrier et demande aux Etats (en réalité à la Chrétienté) de l’appliquer. Appelé calendrier grégorien il a pour objectif de mettre en phase le nouveau calendrier avec le calendrier solaire ; pour cela il supprime une décade (le lendemain du jeudi 4 octobre 1582 sera le vendredi 15) et diminue le rythme des années bissextiles (les
  • 2. 2 années séculaires ne seront plus bissextiles sauf celles qui sont multiples de 400, ce qui en supprime 3 par période de 400 ans). Il est adopté dans la plupart des pays catholiques parfois avec quelque retard, en décembre au lieu d’octobre comme en France – on l’a vu - et en Savoie où, durant l’année 1582, il n’y a pas eu de fête de Noël car le lendemain du 20 décembre 1582 a été le 1er janvier 1583 ! Les raisons ? Pour montrer au monde qu’ils ne sont pas « à la remorque » de la papauté ! Par contre les Anglais dont le roi s’est autoproclamé chef de l’Eglise d’Angleterre en 1534, les protestants du nord de la Germanie et les orthodoxes de Russie et de Grèce ne s’émeuvent guère des progrès effectués dans la mesure du temps : le nouveau calendrier, qualifié de « papiste », ne sera appliqué que beaucoup plus tard dans leurs pays ; ils préféraient être en désaccord avec le soleil plutôt qu’en accord avec le pape… en suivant l’avis de l’astronome luthérien Kepler (1571-1630) qui prouve ainsi qu’un « grand savant » peut raconter « de grosses bêtises » si, réellement, il a prononcé de telles paroles ! Quant à la Russie elle n’a adopté le calendrier qu’en 1918 ce qui explique que sa « fameuse » Révolution d’octobre 1917 a eu lieu en novembre ! Il ne faut pas croire, cependant, que l’Eglise de Rome va approuver dorénavant toutes les idées nouvelles relatives à la science. En 1633 elle condamne Galilée sous le prétexte qu’il avait démontré la thèse copernicienne selon laquelle le soleil est le centre du monde et non pas la Terre immobile comme le suggèrent les Saintes Ecritures ! Suspecté d’hérésie, l’Inquisition le contraint à adjurer ses erreurs et l’assigne à résidence. Après sa mort survenue en 1642 une de ses filles, religieuse carmélite de son état, est obligée de prendre à son compte la sanction établie contre son père… réciter les psaumes de la pénitence une fois par semaine ! Au milieu du XVIIe siècle la Foi et la Raison ne sont pas encore prêtes à se concilier. Par son Syllabus de décembre 1864 le pape Pie IX condamne – entre autres - la démocratie, la séparation de l’Eglise et de l’Etat, le socialisme, le libéralisme et toute forme de modernisme. Jusqu’au milieu du XXe siècle l’intransigeance catholique en la croyance dans les Evangiles sera bien souvent en opposition avec la science et le progrès ; l’Eglise, face aux défis du monde moderne, ne saura intervenir et répondre que par des condamnations… comme pour Galilée. Sources Histoire mondiale de la France de Patrick Boucheron ; un article La France à l’heure pontificale de Olivier Guyotjeannin Histoire du catholicisme de Jean-Pierre Moisset Wikipédia pour Galilée