L'Ultra Trail du Mont Blanc (UTMB) face à son paradoxe climatique ?
Un article récent sur l’impact carbone de l’UTMB m’a interpellé : chaque participant émettrait en moyenne 1,6 tCO2e (https://lnkd.in/db_G2TCf). Un chiffre qui laisse dubitatif, surtout quand on sait que l’objectif climatique mondial est de limiter notre empreinte annuelle à 2 tCO2e par personne d’ici 2050.
En clair, une seule participation à ce trail équivaudrait à 80 % de votre budget carbone annuel, qui doit comprendre tout le reste pour vivre (logement, alimentation, déplacements, loisirs, etc.)
D’où vient cette empreinte importante ? L’article ne détaille pas les calculs, mais la réponse semble assez logique pour ce type d’événement : l’afflux de participants internationaux, parcourant de longues distances en avion (donc du pétrole, beaucoup de pétrole).
Pourtant, l’UTMB est menacé de près par les effets du réchauffement climatique : fonte du permafrost, éboulements, orages violents… Le parcours historique pourrait même bien disparaître d’ici quelques années (https://lnkd.in/dbCqZR6E).
L’organisation a déjà engagé des actions concrètes pour réduire son impact : un objectif de -20 % d’émissions d’ici 2030, l’intégration d’un bonus "mobilité bas carbone" dans le système de loterie, ou encore le développement de transports décarbonés dans la vallée. Ces initiatives marquent de premières étapes importantes.
Cependant, il va falloir à l’avenir passer à la vitesse supérieure. Avec une empreinte carbone à 1,6 tCO2e par participant, une réduction de 20 % ne permettra pas, à elle seule, d’aligner l’événement sur les objectifs climatiques mondiaux. Des mesures plus ambitieuses seront nécessaires, où le sujet du transport aérien (premier poste d’émissions sur ce type d’événement) sera central.
Le monde de l’ultra-trail n’est pas resté indifférent à ces questions. En 2024, Kilian Jornet, l’un des athlètes les plus influents de la discipline, avait créé la surprise en appelant publiquement au boycott de l’UTMB, citant notamment des préoccupations environnementales. Grande première dans ce milieu à l’époque, il n’est désormais plus rare de voir des influenceurs et coureurs devoir se justifier de leur participation à l’UTMB sous leurs propres publications (un exemple ici : https://lnkd.in/diJzdBPr).
L’événement sportif du futur pourra-t-il toujours compter sur l’afflux massif de spectateurs et de participants internationaux ? D’après notre rapport analogue publié en février (https://lnkd.in/d9WYdHQd), la réponse est claire : pour garantir la pérennité des compétitions sportives internationales et respecter nos engagements climatiques, il faut repenser leur modèle.
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